Avec le cloud, une même décision d'investissement se répartit entre l'immobilisation (CAPEX) et la charge (OPEX). Dans l'exemple d'un établissement de paiement, 8,0 MDH d'enveloppe se découpent en 3,8 MDH probablement immobilisables, 3,2 MDH en charges et 1,0 MDH à qualifier. Cet article montre comment le voir avant le comité, et non après la clôture.
Une enveloppe, deux traitements
Un établissement de paiement décide de remplacer sa plateforme de traitement des transactions et de détection de fraude. Le dossier présenté au comité affiche un seul chiffre : 8,0 MDH.
Quelques mois plus tard, le contrôle de gestion constate que ce montant ne se retrouve pas entièrement au bilan. Une partie est immobilisée et amortie. Une autre passe en charges, et pèse sur le résultat dès l'exercice en cours. Le comité avait décidé d'un investissement. La comptabilité a enregistré un mélange d'investissement et de dépenses d'exploitation.
Ce n'est pas une anomalie. C'est la conséquence du passage des logiciels achetés aux logiciels loués : l'abonnement SaaS (logiciel en tant que service) est un service, pas un actif.
Ce que disent les normes
Deux décisions du comité d'interprétation des IFRS (IFRIC) éclairent le sujet, pour les entités qui appliquent les normes IFRS :
- Mars 2019 : dans beaucoup d'accords de cloud, le client reçoit un service, et non un actif incorporel. Il n'a pas le contrôle du logiciel.
- Avril 2021 : les coûts de configuration ou de personnalisation d'un logiciel SaaS sont en général des charges, car l'entité ne contrôle pas le logiciel qu'elle paramètre. Une exception est possible si l'activité crée un actif incorporel distinct qui répond à la définition de la norme IAS 38, par exemple du code qui appartient au client. Le moment de la charge dépend de la nature de la prestation : immédiat si le service est distinct, étalé sur la durée du contrat si ce n'est pas le cas. Les détails sont dans l'analyse de Forvis Mazars.
Deux précautions. D'abord, ces textes valent pour les comptes en IFRS ; d'autres référentiels nationaux, dont le SYSCOHADA, peuvent traiter ces coûts différemment. Ensuite, chaque contrat se lit au cas par cas. Cet article donne un cadre de décision, pas un avis comptable : la qualification finale revient à votre direction financière et à votre commissaire aux comptes.
Un exemple chiffré
Reprenons l'établissement de paiement. Le programme de 8,0 MDH (millions de dirhams) comprend six postes :
| Poste | Montant (MDH) | Traitement probable | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| Licence perpétuelle du moteur de transactions | 2,0 | CAPEX | Le client acquiert et contrôle le logiciel |
| Développements spécifiques sur ce moteur | 1,8 | CAPEX, si les critères de capitalisation sont remplis | Code contrôlé par le client |
| Abonnement SaaS, anti-fraude (3 ans) | 1,5 | OPEX | C'est un service |
| Paramétrage du SaaS | 1,2 | OPEX, immédiat ou étalé | Pas de contrôle du logiciel configuré |
| Formation des équipes | 0,5 | OPEX | Les coûts de formation ne s'immobilisent pas |
| Migration des données historiques | 1,0 | À qualifier | Dépend du périmètre et du référentiel |
Le total est bien de 8,0 MDH. Mais seuls 3,8 MDH (47,5 %) sont probablement immobilisables, 3,2 MDH passent en charges et 1,0 MDH reste à qualifier.
Les conséquences se lisent en deux temps :
- Sur le résultat. Jusqu'à 2,2 MDH (paramétrage 1,2, formation 0,5, première année d'abonnement 0,5) pèsent sur la première année, alors qu'aucun amortissement n'a encore commencé. Les 3,8 MDH immobilisés, amortis par exemple sur cinq ans, pèseront ensuite 0,76 MDH par an.
- Sur la durée. L'abonnement ne s'arrête pas avec le projet. S'il est reconduit au même prix, deux années de plus ajoutent 1,0 MDH : le coût monte à 9,0 MDH sur cinq ans, sans qu'aucune nouvelle décision d'investissement ne soit prise.
Les erreurs les plus fréquentes
- Présenter un seul chiffre au comité. Le comité décide d'une enveloppe sans voir qu'une partie ne sera jamais amortie, mais consommée.
- Oublier le coût récurrent. Le SaaS déplace la dépense du budget d'investissement vers le budget d'exploitation, souvent d'un autre responsable. Chacun croit que l'autre a prévu le coût.
- Qualifier trop tard. La nature comptable d'un poste se discute au moment du contrat, quand elle peut encore influencer la rédaction. Après la signature, il ne reste que la constatation.
- Appliquer des règles différentes selon les entités. Deux filiales classent le même paramétrage différemment, et la consolidation devient un exercice d'harmonisation après coup.
- Mélanger enveloppe de décision et nature comptable. Les deux sont utiles, mais ce ne sont pas les mêmes colonnes.
Une méthode simple pour le comité
- Découper l'enveloppe par poste dès la demande : licences, développements, abonnement, paramétrage, formation, données.
- Associer une nature comptable probable à chaque poste, avec la mention « à confirmer » tant que le contrat n'est pas signé.
- Valider les règles avec la direction financière (seuil de capitalisation, durée d'amortissement, traitement du SaaS) et les écrire une fois pour toutes pour tout le groupe.
- Afficher le coût complet sur la durée de vie, y compris le récurrent après mise en service, à côté du montant d'investissement.
- Suivre l'enveloppe globale, avec l'étiquette de nature sur chaque poste. L'autorisation porte sur l'ensemble ; la comptabilité s'appuie sur le détail.
À faire ce mois-ci
- Lister les projets logiciels et cloud en cours et leur découpage par poste
- Écrire la règle de traitement du paramétrage SaaS et la faire valider
- Ajouter une ligne « coût récurrent annuel » à la trame de demande d'investissement
- Vérifier que les filiales appliquent la même règle
Et dans Capexia
Dans Capexia, une demande d'investissement se découpe en postes, chacun avec sa nature (immobilisation ou charge). Le comité voit l'enveloppe globale et sa répartition. Pour voir cette vue sur un cas proche du vôtre, demandez une démonstration.